Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Article de presse dans la Provence (26/06/2017) : Cette nouvelle mer des Sargasses qui inquiète les scientifiques

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La fameuse mer des Sargasses aurait-elle fait des petits ? C’est la question qui taraude bon nombre de biologistes marins et à laquelle va tenter de répondre une équipe du MIO (Institut méditerranéen d’océanologie) de Marseille Luminy. L’expédition Sargasse qui a débuté le 19 juin, va en effet les conduire jusqu’au 13 juillet en plusieurs points de l’océan atlantique afin de comprendre les raisons pour lesquelles les populations de deux algues brunes, Sargassum fluitanset Sargassum natans, semblent exploser depuis six ans. Leurs échouages sont en effet en très forte augmentation et touchent des zones qui n’avaient jamais encore été atteintes, notamment le long du continent sud-américain et de la côte occidentale de l’Afrique.


L’équipe du MIO de Luminy conduite par Thierry Thibaut. Photo IRD

"Nous ne savons pas pourquoi ces deux espèces pélagiques qui constituent la fameuse mer des Sargasses, située dans l’Atlantique nord, au sud-est des Bermudes, et qui restent habituellement dans la colonne d’eau, se retrouvent en aussi grandes quantités sur les côtes,souligne Thierry Thibaut, chercheur au MIO et maître de conférences à Aix Marseille Université.L’hypothèse sur laquelle nous travaillons est qu’une nouvelle mer des Sargasses se serait formée dans une autre partie de l’océan, peut-être en raison d’une modification des courants".

Les premières observations remontent à 2011 avec l’échouage massif de sargasses sur le littoral de plusieurs îles des Antilles et de la Guyane française. Phénomène d’autant plus préoccupant que ces millions de tonnes de végétaux, en se décomposant, libèrent de l’hydrogène sulfuré, gaz extrêmement toxique dont l’inhalation à haute dose peut entraîner la mort. D’autre part, les plages mais aussi les ports de plaisance ou de commerce, se retrouvent totalement envahis, voire obstrués par ces algues, avec des conséquences économiques très importantes. Sans compter les problèmes sociaux que génère cette situation ; les populations locales dénonçant, à tort ou à raison, l’inaction des autorités locales pour les en débarrasser.

"Le problème existe depuis quelques années dans le golfe du Mexique, mais les Américains comme les Mexicains ont appris à le gérer. Aux Antilles françaises, c’est quelque chose de totalement inédit et les populations comme les institutions locales n’y ont pas été préparées."

Mais ces sargasses ne constituent pas un fléau pour tout le monde, notamment en Afrique, où les pêcheurs ne les voient pas d’un si mauvais oeil, bien au contraire. Longs de plusieurs centaines de kilomètres pour 1 000 à 2 000 mètres de large, ces radeaux de végétaux qui dérivent au hasard des courants et des tempêtes, constituent de véritables écosystèmes sous lesquels la vie marine est foisonnante ; des forêts flottantes à l’intérieur desquelles les poissons trouvent facilement de quoi se nourrir et se concentrent dès lors par milliers


Le catamaran de recherches océanographiques "Antéa", armé par l’IRD dont le siège national est à Marseille.

Nous allons partir de Cayenne à bord de l’Antéa, un catamaran de 35 mètres de la Flotte océanographique française, puis naviguer au large du Brésil en effectuant des prélèvements en surface comme en plongée afin de contrôler l’ensemble de la chaîne alimentaire", souligne Thierry Thibaut, spécialiste des algues sargasses et chef de l’expédition. Il aura sous sa responsabilité treize autres chercheurs du MIO, de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) dont le siège national est à Marseille -et qui arme l’Antea-, de l’Université de Bretagne occidentale (UBO) à Brest et du Groupement d’études et de protection des oiseaux, en Guyane.

"Nous allons faire de la génétique, mais aussi de la courantologie et même de la télédétection par satellite afin de suivre ces radeaux. Le but est à la fois d’essayer de prévoir leurs échouages et de tenter de déterminer les sources d’influence, c’est-à-dire les générateurs de carbone qui constituent l’engrais de ces algues et favorisent leur prolifération". Avec deux suspects principaux que sont les deux grands fleuves sud-américains, à savoir l’Amazone et l’Orénoque...

Philippe Gallini

Voir en ligne : http://www.laprovence.com/article/e...