Institut Méditerranéen d’Océanologie
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D’un continent à l’autre : la recherche face aux dynamiques éco-climatiques tropicales

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Thierry Lebel, directeur de recherche IRD , directeur de la Mission promotion de l’interdisciplinarité et de l’intersectorialité.

Les scénarios climatiques régionaux étaient très présents dans les échanges tant scientifiques que politiques de la COP22, ces scénarios étant le socle d’une compréhension plus fine des impacts du changement climatique sur les pays de la zone intertropicale et de l’espace méditerranéen. En témoigne par exemple La Méditerranée face au changement climatique, un ouvrage réalisé par Allenvi à l’occasion de la COP.
Thierry Lebel interroge la pertinence de confronter ces différents scénarios, à travers notamment des questionnements transatlantiques.

« Zone d’accumulation d’énergie, redistribuée ensuite vers les moyennes et hautes latitudes, via les océans et le cycle de l’eau continentale aux échelles régionales, la zone intertropicale joue un rôle majeur dans la régulation du climat terrestre. Elle est également singulière dès lors qu’on s’intéresse aux impacts du réchauffement climatique et, plus largement, des changements globaux. D’une part, les systèmes de mousson, qui y pilotent la saisonnalité et l’abondance des précipitations, sont mal représentés dans les modèles de circulation générale atmosphérique, du fait de leur résolution encore insuffisante et de la représentation non explicite des mécanismes de la convection profonde. En conséquence, il est encore difficile de se faire une idée précise de l’évolution du régime des précipitations en fonction des différentes trajectoires de réchauffement global. D’autre part, depuis 40 à 50 ans, l’usage des sols et de la couverture végétale se sont profondément modifiés dans les pays de la zone tropicale. Associées à la hausse des températures et à l’intensification pluviométrique (les pluies sont moins fréquentes mais plus intenses, notamment dans les zones semi-arides), ces évolutions bouleversent profondément le cycle de l’eau et les conditions agricoles ; de plus elles ont des impacts sanitaires, notamment en ce qui concerne les maladies infectieuses, mais aussi les maladies non transmissibles qui se développent sous l’effet de la dégradation de l’environnement. La croissance démographique et le rattrapage économique, variables selon les aires géographiques considérées, sont de puissants facteurs d’amplification de ces changements environnementaux. De fait, les vulnérabilités écologique, environnementale et sociale des socio-écosystèmes tropicaux sont à la fois fortes et spécifiques, mais aussi incertaines.

Ces dynamiques éco-climatiques tropicales, concernent deux grandes aires continentales : l’Afrique sub-saharienne et l’Amérique du Sud et centrale. Elles induisent des questionnements scientifiques convergents sur l’évolution des climats régionaux dans le contexte du réchauffement global, concernant par exemple l’aridification des régions déjà semi-arides, l’intensification du cycle hydrologique (sècheresses plus longues et inondations plus fréquentes) ou encore les rétroactions des changements de végétation sur le climat régional.
L’Afrique de l’Ouest, par exemple, est une des trois ou quatre grandes régions du monde où le couplage entre atmosphère et surface continentale a été identifié comme particulièrement sensible (Regions of Strong Coupling Between Soil Moisture and precipitation , Koster et al., 2004, Science , n° 305).
En Amérique du Sud, on sait que la pluviométrie sur les Andes est en partie contrôlée par la circulation atmosphérique d’Est à 200 hectopascal (hPa). Or, des études récentes montrent que la déforestation amazonienne impacte à la fois les courants aériens de basse couche qui influent sur la formation des précipitations en Amazonie, mais aussi les vents dans la haute troposphère.
Le rôle de l’océan Atlantique dans la dynamique climatique régionale est aussi une question commune à ces deux régions. Le réchauffement océanique induit une augmentation de la vapeur d’eau atmosphérique au-dessus de l’océan, qui est ensuite transportée vers les continents. La manière dont ce transport d’humidité supplémentaire influe sur la productivité végétale et le cycle du carbone est loin d’être claire. D’un côté, la disparition de la forêt diminue le puits de carbone continental (c’est-à-dire la capacité à absorber le carbone de l’atmosphère) ; d’un autre coté, une plus grande humidité et une augmentation des températures favorisent la croissance de la végétation.

Mais l’Afrique sub-saharienne et l’Amérique du Sud et centrale ont également des caractéristiques physiques, biologiques et socioéconomiques contrastées, qui induisent en miroir des vulnérabilités et des risques différents pour les populations. Tout ceci conduit à s’interroger sur l’intérêt ou la plus-value à encourager des recherches coordonnées sur les deux rives de l’Atlantique concernant la dynamique des changements globaux et leurs impacts sur les problématiques de développement durable. »