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Des fouilles en Guadeloupe révèlent l’impact de l’Homme sur un lézard endémique

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L’impact des sociétés humaines sur l’environnement est le facteur principal de la sixième crise d’extinction de masse que nous connaissons aujourd’hui. Mais ces extinctions sont-elles les seules manifestations de l’influence humaine sur la faune ?

Pour répondre à cette question une étude a été menée par une équipe multidisciplinaire de chercheurs du Muséum et du CNRS*, portant sur l’évolution morphologique, durant les derniers 40 000 ans, d’un lézard insulaire considéré comme peu affecté par les activités humaines, l’anolis de Marie-Galante (Anolis ferreus). Les analyses ont porté sur l’étude morphologique et morphométrique de près de 30 000 ossements fossiles d’Anolis, et notamment sur la mandibule.

Les résultats montrent qu’il existait, par le passé, des anolis de Marie-Galante de tailles identiques à celles des mâles et femelles actuels de l’espèce, mais également une sous-population présentant des tailles corporelles particulièrement importantes. Cette sous-population, dont on ne trouve plus trace sur l’île de nos jours, semble disparaître à l’époque moderne, après la colonisation européenne de l’île qui débuta au milieu du XVIIe siècle. Une étude en morphométrie géométrique révèle également que la diversité morphologique de la mandibule était globalement plus importante chez les anolis du passé que chez les anolis actuels. Cette réduction de diversité morphologique est également contemporaine de la colonisation européenne de l’île, période où l’île est presque intégralement déboisée afin d’être mise en culture. C’est également à cette période que la grande majorité de la diversité faunique endémique de l’île disparaît.

L’anolis de Marie-Galante, contrairement à ce qui était communément admis, a donc été fortement touché par l’anthropisation de l’île. Cette étude démontre que l’impact de l’Homme sur les faunes insulaires ne se manifeste pas uniquement par l’extinction d’espèces mais aussi par des modifications morphologiques, beaucoup plus difficiles à mettre en évidence, mais révélatrices de l’évolution des populations animales au cours du temps.

Référence

Human impacts reduce morphological diversity in an insular species of lizard, Corentin Bochaton, Salvador Bailon, Anthony Herrel, Sandrine Grouard, Ivan Ineich, Anne Tresset, Raphaël Cornette. Proceedings of the Royal Society B, 28 juin 2017.
Note

* Les laboratoires impliqués :
Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (Muséum national d’Histoire naturelle / CNRS / UPMC / EPHE)
Laboratoire « Archéozoologie et Archéobotanique : Sociétés, Pratiques et Environnements » (MNHN / CNRS)
Laboratoire « Histoire naturelle de l’Homme préhistorique » (MNHN / CNRS / UPVD)
Laboratoire « Mécanismes adaptatifs et évolution » (MNHN / CNRS)