Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Etre représentant de l’IRD : une opportunité pour « grandir » en tant que chercheur

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Olivier Dangles, écologue, directeur de recherche à l’Institut, a été représentant de l’Institut. Il nous parle de cette fonction qu’il a occupée en Équateur de 2014 à 2017. Des défis qu’elle représente, des satisfactions qu’elle lui a apportées.

Lorsqu’en 2013, à l’âge de 39 ans, j’ai fait part à mon entourage professionnel de mon souhait de me présenter au poste de représentant en Équateur, l’idée a d’abord paru déraisonnable. Non pas que mes compétences pour mener à bien ces fonctions aient été remises en cause, mais il semblait plus opportun pour un « jeune » chercheur de se consacrer à ses projets de recherche, ses publications et ses étudiants plutôt que de « s’enliser » dans des tâches administratives et de diplomatie scientifique.

L’apparente incompatibilité perçue entre les fonctions de représentant et celles de chercheur était alors profondément ancrée dans la culture scientifique et administrative de notre institut, en témoigne l’avis de la commission scientifique sectorielle (CSS) que je reçus en 2014, alors que je venais d’être récemment nommé dans mes fonctions : « La commission s’interroge sur l’incidence négative que pourrait avoir votre fonction de représentant IRD à partir d’avril 2014. Elle vous engage à veiller à maintenir un niveau satisfaisant d’activité scientifique . »

Représentant ou chercheur, il faut choisir ! Ou du moins, dans une version édulcorée de ce dualisme, il faudrait veiller à bien dissocier les deux fonctions, à attribuer à chacune un « crédit temps afin d’éviter que l’une ne contamine l’autre : « 70 % représentant, 30 % chercheur » par exemple ? « Représentant les lundi, mercredi et vendredi, chercheur les autres jours ? » . Pour un chercheur, jeune ou moins jeune, la tâche pourrait sembler peu attractive, voire périlleuse pour sa carrière. Pourtant, après trois années passées comme représentant de l’IRD en Equateur, et en dépit de moments difficiles inhérents à tout travail de coordination, je ne peux que témoigner de la formidable opportunité que constitue cette fonction pour « grandir » en tant que chercheur.

Être représentant, c’est d’abord permettre au chercheur de développer son goût pour l’interdisciplinarité ou, pour le moins, sa curiosité envers les autres disciplines, atout majeur pour relever les défis d’un futur durable pour la planète. Lors d’entretiens avec des collègues, je me souviens avoir discuté dans une même matinée de thèmes aussi variés que la mesure automatisée par capteurs optiques de gaz émis par le volcan Tungurahua, les différences morphologiques des antennes de punaises vectrices de la maladie de Chagas ou encore le patrimoine onirique d’un peuple de la Haute Amazonie, les Zápara.

Traitement de choc pour réconcilier les sciences et les humanités, convaincre les chercheurs hérissons à s’essayer aux habits des renards*, et leur donner le goût de s’aventurer en dehors de leur zone de confort, aux interfaces fertiles encouragées dans les appels à projet de l’ANR ou d’Horizon 2020. Un chercheur ayant derrière lui une première phase de sa carrière centrée sur une thématique pourra ainsi tirer avantage de l’expérience de représentant non seulement pour orienter ses recherches dans des directions plus intégratives, mais aussi pour servir d’ambassadeur de sa communautés auprès d’autres scientifiques et porteurs d’enjeux**.

Être représentant, c’est aussi apprendre à travailler quotidiennement avec les multiples acteurs du développement durable et de la recherche en partenariat dans les pays du Sud. Centres de recherche locaux et internationaux, banques de développement, ministères et autres instances politiques, ambassades, organismes des Nations Unies, presse, alliances et instituts français, musées chargés de la communication scientifique etc. Le chercheur est souvent peu préparé pour échanger avec la société. Pourtant, à travers l’intervention du représentant, ces acteurs se connectent aux différents services du siège de l’IRD en France (pôles Science, Développement et Appui) créant une véritable sphère d’interactions qui renforce la visibilité et l’impact des recherches, permet de trouver des effets de levier ou encore d’accéder à des financements. Prendre conscience de cette sphère revient pour le chercheur à replacer son « cahier de manip » dans une encyclopédie universelle de la recherche pour le développement.

Enfin, être représentant c’est penser en priorité aux autres chercheurs et partenaires, être à leur écoute et créer du « go-between » , comme aimait le dire le regretté Pierre Soler. Pris dans une « science à l’âge des selfies »*** et du H-index , le chercheur peut trouver dans les fonctions de représentant un instant propice à l’introspection et à la réflexion sur le besoin de consacrer une partie de son énergie à construire des ponts entre chercheurs et autres acteurs locaux et internationaux. Voir un de « ses » chercheurs reçu par le Président de la république d’Équateur pour lui expliquer la science du séisme de Pedernales, voir une ancienne doctorante de l’IRD décorée de la plus grande distinction scientifique du pays, ou la parution de dizaines d’articles sur la troisième mission géodésique IRD-Equateur dans de nombreux journaux dont le New York Times sont autant de satisfactions qui valent tout autant, dans la vie du chercheur que je suis, qu’une ou deux publications scientifiques supplémentaires.

S’il est sans doute communément admis par une CSS qu’un chercheur quadra soit amené à prendre des fonctions de directeur d’unité de recherche, il devrait en être de même pour un même chercheur quadra souhaitant s’engager dans des fonctions de représentant. Cette expérience permet non seulement au chercheur de compléter sa formation en administration et stratégie scientifique, mais aussi de développer une diversité et originalité d’approches conceptuelles et pratiques, qui à mon sens peuvent être extrêmement enrichissantes pour la suite de sa carrière... et utiles pour la planète