Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Interview d’Abdallah Mokssit, Secrétaire exécutif du Giec

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Sciences au Sud : Considérez-vous qu’il y ait désormais "universalisation" dans la prise en compte des enjeux sur le climat ?

Abdallah Mokssit : Il y a en effet universalisation ! Le changement climatique a été détecté et son lien avec les activités humaines avéré. Si on cherche les causes profondes de la réussite de l‘accord de Paris, trois d’entre elles peuvent être évoquées. Tout d’abord la vérité scientifique est là et la marge d’incertitude s’est considérablement réduite. Deuxièmement, les phénomènes extrêmes, avec leur rythme accéléré, ont commencé à toucher n’importe quel pays dans le monde et ce, quel que soit son niveau de développement. Les impacts sont devenus universels. Avec les cyclones Santi, Catarina, ou encore la canicule qui a touché l’Europe en 2003, on voit que ces phénomènes mettent à genoux même des pays développés. Les dégâts engendrés compromettent le développement économique contribuant à ce que cette question devienne un objet des politiques publiques. Le troisième facteur est relatif au fait qu’une chose devient d’autant plus intéressante qu’elle est porteuse d’opportunités. Autour de l’économie verte, bleue ou de l’économie circulaire, de nouveaux créneaux se sont ouverts. Qui veut en profiter doit commencer par croire dans le changement climatique ! Enfin, il faut noter l’entrée en jeu de nouveaux éléments contribuant à cette universalisation. Il en est ainsi de la présence accrue des pays en voie de développement, d’une meilleure mobilisation de la société civile, de l’intérêt affiché du secteur privé et du secteur financier.

SAS : Longtemps les questions liées à l’atténuation du changement climatique semblaient dévolues au Nord tandis que celles liées à l’adaptation plutôt au Sud... Cette vision est-elle toujours d’actualité ?

AM : Initialement, il était logique que les pays émetteurs de gaz à effet de serre s’attachent à les réduire et par là, ils se sont inscrits dans une logique d’atténuation. En revanche, ceux qui, sans être émetteurs, subissent de plein fouet les impacts négatifs du changement climatique ont exprimé un besoin en terme d’adaptation. Les résultats de la recherche ont révélé un schéma très intéressant à ce propos. Dans le domaine de l’agriculture, par exemple, il a été démontré que les capacités d’adaptation avec un scénario d’élévation de la température de 2 °C est plus grand que dans un scénario ou l’anomalie de température atteint les 4 °C. CeIa suggère qu’il faut d’abord souscrire à l’atténuation pour garantir une anomalie réduite, condition d’une possible adaptation. Au final, les deux approches doivent aller de pair.

SAS : Le prochain rapport du GIEC sera le 6ème. Où en est-on et que peut-on aujourd’hui en dire ?

AM : Chaque cycle du GIEC a eu un mandat précis. Le 6ème rapport va contribuer à l’évaluation des émissions en vue d’inviter les pays à rehausser leur ambition en terme de réduction des gaz à effet de serre. A chaque fois que le savoir augmente, la responsabilité augmente ! Maintenant, il est temps d’aller vers l’appréhension des solutions au niveau régional et dans une logique sectorielle. De fait, tous les secteurs ne subissent pas les changements climatiques de la même façon.

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