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L’anchois du Pérou : vers une industrie plus propre

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Poids lourds de l’économie péruvienne, l’industrie de transformation de l’anchois en farine de poisson doit changer de modèle pour être à la fois plus performante et plus respectueuse de l’environnement.

Grâce à ses abondantes ressources marines, le Pérou est le premier exportateur mondial de farine de poisson. Avec 98 % des captures d’anchois qui terminent dans les usines de transformation, son industrie est de taille. Elle est même surdimensionnée ! "Les usines de farine du Pérou pourraient potentiellement traiter 55 millions de tonnes de poisson par an, soit les trois quarts de la production mondiale de poisson", rapporte Pierre Fréon, halieute à l’IRD. D’après la récente publication d’une équipe franco-péruvienne (1), dont il est co-auteur, l’industrie n’utilise que 13 % de son potentiel de production autorisée et certaines usines possédant un permis valide sont à l’arrêt, voire à l’abandon. Cette surcapacité soulève de sérieux enjeux économiques. Elle pèse également sur l’environnement : à partir de l’analyse du cycle de vie des usines, les chercheurs ont montré que la construction et la maintenance des infrastructures sont responsables de près de 15 % des impacts. Ce résultat prend en compte l’installation de a à z, depuis l’utilisation du sol, les matériaux de construction, leur origine, leur transport et leur remplacement, jusqu’à l’énergie consommée. "Réduire la surcapacité est une des premières solutions pour rendre la filière plus propre", affirme Pierre Fréon.
Cette restructuration est aujourd’hui en cours, motivée par une gestion plus précautionneuse de la part de l’Etat péruvien incluant la réduction des quotas de pêche. "Les usines ont été conçues à une époque où la ressource était très abondante, avec des quotas uniques annuels allant jusqu’à sept millions de tonnes. Chaque industriel voulait collecter et traiter le maximum de poisson avant les autres et avant que le quota unique ne soit atteint, explique Sayda Huaranca, spécialiste en gestion des pêches au Pérou. La situation est en train d’évoluer. La ressource est d’avantage protégée et les quotas ont diminué ; les entreprises s’attèlent désormais à réorganiser leurs usines dans des zones stratégiques afin d’optimiser leurs coûts de production."

Outre la gestion du parc industriel, reste le fonctionnement en lui-même, avec les différentes étapes de la production de farine de poisson. Afin d’accompagner les décideurs publics et privés, l’analyse menée par les scientifiques a identifié les "postes" les plus polluants et ainsi dégagé des priorités. D’après les chercheurs, l’énergie, sa consommation et la contamination atmosphérique qui en résulte, est un aspect majeur. "Un tiers des impacts sur l’environnement peut être réduit en remplaçant le pétrole par du gaz naturel", assure Pierre Fréon. Une fois les zones côtières reliées au réseau, les industriels ont tout à y gagner, le gaz étant à la fois plus économique et plus écologique.
Là encore, le contexte s’avère plutôt favorable car volonté de l’Etat, enjeux économiques et diagnostic scientifique se rejoignent. Si les entreprises péruviennes relèvent le défi de la transition écologique, elles pourraient bien, à l’avenir, servir de modèle à d’autres industries minotières de par le monde.


Note

(1) Pierre Fréon, Hermine Durand, Angel Avadí, Sayda Huaranca, Rita Orozco Moreyra. Life cycle assessment of three Peruvian fishmeal plants : Toward a cleaner production, Journal of Cleaner Production 145 (2017)

Mots-clés :
anchois, économie, environnement, industrie, pêcherie

© IRD / Pierre Fréon Usine de farine de poisson au Pérou

Voir en ligne : https://www.ird.fr/toute-l-actualit...