Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Les coraux de Moorea font de la résistance

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Les spécialistes d’écologie marine s’intéressent à la santé des récifs coralliens, mise à rude épreuve par l’accroissement des perturbations naturelles et anthropiques. Alors que leur avenir global inquiète, certains récifs résistent aux agressions répétées, mais perdent néanmoins en diversité.


Tous les récifs coralliens ne vont pas disparaître demain ou dans quelques décennies. « Certains, comme ceux de Moorea en Polynésie, font même preuve d’une grande vivacité et de capacités insoupçonnées à résister à la multiplication des bouleversements qui les affectent, révèle l’écologue marin Mehdi Adjeroud. Mais cette résistance se fait au prix d’un appauvrissement sensible de leur diversité 1 . »


© Mohsen Kayal-Yannick Chancerelle Évolution du récif de Moorea, tour à tour attaqué et décimé par les Acanthaster planci entre 2006 et 2009, labouré par le cyclone Oli en 2010, puis progressivement recolonisé par les coraux.

Les récifs coralliens subissent depuis toujours des stress d’origine naturelle : cyclones, réchauffements saisonniers des eaux ou pullulations de prédateurs. Mais depuis quatre décennies, l’intensité et la fréquence de ces événements augmente très significativement. De plus, des troubles dus à l’Homme viennent s’ajouter : pollution, surpêche, hypersédimentation 2 ... Pour évaluer l’impact de ces agressions répétées, les scientifiques surveillent de près la santé des coraux.

Rétablissement spectaculaire

« Le taux de recouvrement en corail vivant, marqueur de la bonne santé du récif, est revenu à 50 % - sa valeur initiale -, dix ans seulement après les événements de 1991 , raconte le chercheur. C’est très rapide à l’échelle de l’écosystème corallien. » Comme son nom le suggère, cet indicateur est fondé sur la surface du plancher récifal occupée par des coraux.

Et les processus de recolonisations se sont révélés encore plus surprenants en 2010. Le corail d’abord décimé par les étoiles de mer, avait fini par être éradiqué par le cyclone Oli. Le taux de recouvrement était tombé à 0 %. Et pourtant, en l’espace de quatre ans, le corail a réinvesti le récif dénudé. La grande densité de poissons herbivores autour de Moorea, qui a limité la prolifération d’algues sur les récifs, pourrait avoir joué un rôle important dans cette forte résistance.

« Il s’agit plus de rétablissement que de résilience car la communauté corallienne a changé, façonnée par les événements , estime Mehdi Adjeroud. Cette recolonisation rapide est surtout le fait d’espèces résistantes, se reproduisant vite et abondamment, au détriment de coraux plus sensibles. » Des travaux vont s’attacher à estimer si la résistance corallienne est partout synonyme d’appauvrissement de la diversité.

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Notes :
1. ↑ Adjeroud M., Kayal M., Iborra-Cantonnet C., Vercelloni J., Bosserelle P., Liao V., Chancerelle Y., Claudet J. & Penin L., Recovery of coral assemblages despite acute and recurrent disturbances on a South Central Pacific reef , Scientific Reports ; 26 juin 2018 ; doi : 10.1038/s41598-018-27891-3

2. ↑ Accumulation dans les écosystèmes aquatiques de sédiments drainés par les cours d’eau, souvent en raison de la déforestation

3. ↑ Le CRIOBE est rattaché à l’ École Pratique des Hautes Études et fait partie du Réseau National des Stations Marines françaises du CNRS et du réseau Observatoire de l’Environnement INSU.